------- Il y eu un éclair, un souffle inattendu. Mes paupières se soulevèrent d'un coup. Les feuilles d'un petit érable s'agitaient encore dans la brise que son brusque départ avait provoquée. Je l'avais perdu.
------- Je le suivis d'un pas mal assuré, inconsciente de la vanité de mon geste. Il ne subsistait aucune trace de son passage : nulle empreinte, nul mouvement. Je marchai quand même sans réfléchir. Je n'étais capable de rien d'autre. Il fallait que je bouge. Si je cessais de le chercher, c'en était fini. De l'amour, de la vie, de la raison... fini. J'avançai, j'avançai encore, j'avançai toujours. Les heures défilaient qui ne semblaient que des secondes. Peut-être le temps s'était-il arrêté parce que, aussi loin que je m'y enfonce, la forêt était immuable. L'idée me traversa, inquiètante, que je tournais en rond, un tout petit rond ; je n'en continuai pas moins. Je trébuchais souvent. Au fur et à mesure que l'obscurité s'installait, je tombai beaucoup aussi.
Je finis par me prendre les pieds dans quelque chose - je ne vis pas de quoi il s'agissait dans le noir - et, cette fois, je ne me relevai pas. Je roulai sur le flanc de façon à pouvoir respirer et me mis en chien de fusil, à même les fougères humides. Ainsi allongée, j'eus l'impression qu'il s'était écoulé bien plus de temps que je ne l'avais estimé. Je ne me rappelais plus depuis combien d'heures le soleil s'était couché. Les nuits étaient-elles donc toujours aussi sombres, ici ? Une règle existait sûrement, qui édictait qu'un peu de la lueur lunaire perçât à travers les nuages et les crevées de la ramure jusqu'au sol. Pas aujourd'hui, cependant. Aujourd'hui, le ciel était couleur d'encre. Il n'y avait peut être pas de lune; il y avait peut-être une eclipse ; ou alors, c'était la nouvelle lune. La nouvelle lune. Je grelottais, bien que je n'eusse pas froid.»
SERT À QUOI LA VIE, SANS TOI ?.